Par Danyel Haughton
Agente des droits de la personne à l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC)

Dans nos communautés et dans nos espaces numériques, les discours haineux, la discrimination et la division persistent, même si de nombreuses personnes œuvrent à la construction d’un avenir plus équitable et inclusif.

Au cœur de la lutte pour l’équité, une idée refait sans cesse surface : le « racisme à l’envers ». Certaines personnes utilisent ce terme lorsqu’elles se sentent mal à l’aise face aux conversations sur l’équité ou lorsqu’elles estiment que les efforts en matière de justice raciale et sociale sont injustes envers les personnes blanches. Cependant, pour comprendre pourquoi l’idée du racisme à l’envers est un mythe préjudiciable, nous devons d’abord bien définir ce qu’est réellement le racisme.

Qu’est-ce que le racisme?

Le racisme ne se limite pas aux préjugés individuels ou aux attitudes haineuses. Le racisme fait référence à un ensemble de croyances, d’actions et de systèmes qui traitent un groupe comme supérieur et un autre comme inférieur. Il repose sur l’idée erronée que les différences entre les groupes de personnes sont innées et qu’il est acceptable de dominer, d’opprimer, de déshumaniser, de marginaliser ou de discriminer les personnes qui n’appartiennent pas au groupe dominant. Le racisme et les idées autour des hiérarchies raciales ont été utilisés pour justifier le vol de terres, de ressources et de personnes, ainsi que la violence et la destruction de cultures.

Le racisme est renforcé et maintenu par des systèmes de pouvoir, des lois, des institutions, des politiques et des structures historiques qui ont favorisé certains groupes (principalement les Blanc·he·s au Canada), tout en portant préjudice à d’autres groupes ou en les excluant.

De plus, le racisme s’entrecroise souvent avec d’autres formes de discrimination, telles que le sexisme, l’homophobie, le classisme, la transphobie, la xénophobie et le capacitisme. Ne pas tenir compte de ces intersections peut conduire à une compréhension incomplète des mécanismes par lesquels la discrimination s’exerce.

Le mythe préjudiciable du « racisme à l’envers »

L’idée de « racisme à l’envers » est apparue comme une réaction défensive à la prise de conscience croissante du public quant aux effets de la colonisation, de l’injustice raciale et de l’inégalité. Elle tend à émerger lorsque les conversations sur le racisme suscitent de l’inconfort, en particulier chez les personnes blanches.

Parfois, les accusations de « racisme à l’envers » sont liées à ce que l’auteure et experte , c’est-à-dire les réactions défensives que les personnes blanches peuvent manifester lorsqu’elles sont confrontées aux enjeux raciaux ou à leur propre privilège. Ces réactions peuvent prendre la forme de colère, de déni ou d’insistance sur le fait qu’elles seraient elles-mêmes victimes de racisme.

Ce concept a également été utilisé par des groupes d’extrême droite pour soutenir de fausses allégations selon lesquelles les Blanc·he·s seraient aujourd’hui « attaqué·e·s » ou victimes de discrimination. Ces allégations ignorent à la fois le contexte historique du racisme ainsi que les mécanismes actuels par lesquels le racisme et la discrimination continuent d’opérer. Nous continuons d’être témoins de négligence des soins médicaux, de discrimination dans l’emploi, de surveillance policière excessive, d’incarcération massive, de racisme environnemental et de nombreuses autres formes de préjudice structurel touchant les communautés autochtones, noires et racisées.

Pourquoi le « racisme à l’envers » est problématique

De nombreuses personnes blanches ont appris à considérer l’équité comme un jeu à somme nulle : si une autre personne gagne en justice, en sécurité ou en possibilités, elles ont l’impression d’y perdre quelque chose. Cependant, la construction de communautés équitables n’est pas une question de gagnant·e·s et de perdant·e·s, mais plutôt de veiller à ce que chacun·e soit à l’abri des préjudices, valorisé·e et puisse s’épanouir.

De plus, l’expression « racisme à l’envers » ignore la nature systémique du racisme au Canada. Elle traite le racisme comme un simple préjugé individuel ou un problème interpersonnel, plutôt que de le reconnaître comme une structure de longue date liée notamment aux éléments suivants :

  • La colonisation
  • La destruction des cultures autochtones et le déplacement des peuples autochtones
  • Le vol des terres
  • L’asservissement
  • L’exploitation et la marginalisation des communautés noires et autres communautés racisées

L’expression « à l’envers » suggère que le racisme devrait s’exercer à l’encontre des groupes marginalisés et privés de pouvoir, presque comme si c’était l’ordre naturel des choses, et que le racisme ne devient problématique que lorsque les personnes blanches se « sentent » visées. De plus, dissocier le racisme de l’histoire et des systèmes de domination et de pouvoir est une tactique délibérée des détenteur·trice·s du pouvoir afin de maintenir le statu quo.

L’impact de la légitimation du « racisme à l’envers »

Quel est donc l’impact de considérer l’idée de racisme à l’envers comme une notion valide?

  • Cela met fin aux discussions difficiles, mais nécessaires sur les inégalités, le pouvoir, la colonisation, l’histoire et la race.
  • Cela met l’accent sur les sentiments des personnes blanches plutôt que sur les réalités vécues par ceux·celles qui subissent le racisme depuis des générations.
  • Cela réduit le racisme à un enjeu strictement interpersonnel, en ignorant les systèmes de pouvoir qui causent des préjudices à bien plus grande échelle.
  • Cela freine le progrès collectif en détournant l’attention de la lutte contre les préjudices pour la diriger vers la protection du confort.

Le rôle des allié·e·s et des complices

Les allié·e·s et les complices ont un rôle à jouer dans la lutte pour l’équité et la justice sociale.

  • Ayez des conversations franches avec vos ami·e·s, votre famille et vos collègues au sujet du racisme et des inégalités.
  • Réfléchissez à la manière dont vous pouvez bénéficier des systèmes de pouvoir, même involontairement.
  • Écoutez attentivement les personnes et les communautés touchées par le racisme.
  • Concentrez-vous sur leurs expériences et leurs voix, et non sur votre propre inconfort ou vos réactions défensives.
  • Engagez-vous dans un processus continu d’apprentissage, de désapprentissage et d’action.

Face à la recrudescence des actes de racisme et de discrimination visant les personnes autochtones, noires et racisées, en particulier celles qui sont pauvres, en situation de handicap, sans papiers ou diversifiées sur le plan du genre, il est essentiel de remettre en question les récits qui minimisent nos expériences vécues.

N’oubliez pas que l’antiracisme n’est pas une question de perfection, mais de responsabilité. Comme nous le rappelle l’auteure et militante Ijeoma Oluo :

« La beauté de l’antiracisme c’est qu’il n’est pas nécessaire de prétendre être exempt·e de racisme pour être antiraciste. L’antiracisme est l’engagement à lutter contre le racisme partout où il se manifeste, y compris en soi. Et c’est la seule voie possible. »

Ce que l’antiracisme exige de nous

Bâtir un avenir antiraciste ne sera pas facile, mais cela commence par dire la vérité, défendre la dignité humaine et remettre en question les structures et les comportements qui perpétuent le racisme. Les communautés antiracistes se construisent ensemble, brique par brique, et plus nous comprenons ce qu’est réellement le racisme, mieux nous pouvons le combattre.

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Ressource vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=dw_mRaIHb-M

Danyel Haughton est une militante et une future ancêtre. Elle travaille comme agente des droits de la personne à l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC). Son combat pour la libération se déroule sur les territoires ancestraux et non cédés du peuple micmac.

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