La vérité derrière le « racisme à l’envers », c’est qu’il ne s’agit pas de racisme

Publié dans : Blog
Posté sur : 8 juillet 2020

Tina Changoor, MSc, PhD, Directrice, Mesures et analyses

Nous assistons à un mouvement mondial contre le racisme en général et le racisme anti-Noir en particulier qui a l’élan nécessaire pour se transformer en révolution sociale au Canada. Un élément crucial du succès de ce mouvement est de comprendre ce qu’est le racisme systémique et ce qu’il n’est pas. Le dialogue actuel indique qu’il y a un manque de compréhension des termes utilisés et de ce qu’ils signifient.

Le racisme fait référence à la dévaluation sociale, à la déshumanisation, à la marginalisation et à l’exclusion sociale des personnes en fonction de leur race. Il peut se manifester à la fois de façon explicite ou dissimulée. Les exemples de racisme explicite comprennent les mots, symboles et comportements désobligeants basés sur la race, qui sont facilement observables et détectés par la ou les victimes.

Les exemples de racisme dissimulé prennent plus souvent la forme du racisme systémique, une forme de racisme qui n’est pas facilement observable. Le racisme systémique fait référence aux pratiques, politiques et lois institutionnelles intégrées qui servent à créer des avantages socio-économiques continus pour certains groupes raciaux aux dépens d’autres groupes.

L’une des clés permettant de comprendre le racisme systémique est qu’il fonctionne en établissant un groupe racial privilégié qui jouit systématiquement des privilèges socio-économiques et politiques. Par exemple, les personnes blanches au Canada ont été considérées comme le groupe racial privilégié, historiquement et dans les temps présents. Les personnes blanches sont avantagées en ceci qu’elles ont un meilleur accès à l’emploi et à des occasions de gains plus élevées, à une meilleure éducation, à de meilleurs soins de santé et à plus de possibilités politiques.

Bien que le mouvement de lutte contre le racisme mondial ait connu une croissance, il y a aussi un discours parallèle sur le « racisme à l’envers ». Les exemples courants de racisme à l’envers font référence à la « discrimination positive ». Dans le contexte canadien, la discrimination positive fait référence à la législation sur l’équité en matière d’emploi qui vise à accroître la représentation des femmes, des personnes racialisées, des Autochtones et des personnes handicapées dans les milieux de travail fédéraux.

Les personnes qui tiennent un discours en termes de racisme à l’envers expriment des préoccupations croissantes en arguant qu’elles sont injustement désavantagées, particulièrement en ce qui concerne l’accès aux possibilités de travail. Elles affirment que le Canada devrait continuer d’être une nation qui favorise le mérite, surtout lorsqu’il s’agit d’évaluer les personnes en fonction de leurs compétences professionnelles. Elles soutiennent également que l’évaluation des personnes en fonction de leur éducation, de leurs compétences et de leurs expériences devrait être la norme et que le recours à des quotas raciaux relève du racisme à l’envers. Leur position consiste à dire que l’équité en matière d’emploi est une pratique institutionnelle raciste, car les personnes blanches sont désavantagées en termes de probabilité de décrocher un emploi.

Étant donné la sensibilisation croissante aux désavantages systémiques vécus par les Autochtones, les Noirs et les personnes racialisées au Canada, il est essentiel de dissiper les notions du racisme à l’envers. Le racisme à l’envers ne relève pas du racisme. Le racisme ne consiste pas à développer des craintes irrationnelles de perdre ses privilèges socio-économiques et politiques. Au contraire, le racisme à l’envers est une stratégie développée par les personnes appartenant au groupe racial favorisé pour maintenir leurs privilèges socio-économiques et politiques. Ce qui est inquiétant, c’est que l’acceptation commune du terme « racisme à l’envers » et son utilisation répandue risquent de donner du crédit à une expérience qui ne relève pas du racisme.

En validant ce terme, nous risquons d’intérioriser ou de dénaturer les expériences de racisme vécues par des personnes de race blanche. L’utilisation continue de ce terme nous indique également qu’une sensibilisation et une éducation continues sont nécessaires pour créer une compréhension commune du racisme systémique et de ce qu’il n’est pas.

Essentiellement, lorsque le racisme à l’envers est reconnu comme du racisme, cela entrave et ralentit les progrès dans l’élimination du racisme systémique. Le résultat est le renforcement continu d’un système fondé sur la race qui offre des avantages à un groupe privilégié. Encourager et promouvoir la sensibilisation au racisme et à ce qu’il n’est pas est une exigence nécessaire pour lutter efficacement contre le racisme systémique au Canada.

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